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Calçada glissante, pentes continues, marche entre le quai et la rame du métro : mon compte rendu honnête de l'accessibilité à Lisbonne, et la façon dont je visiterais la ville si c'était à refaire.
12 min de lecture ·
La réponse honnête est : partiellement. Lisbonne est praticable sur quelques kilomètres de bord de l'eau, et elle devient très difficile dès qu'on s'en éloigne. Ce n'est pas une question de mauvaise volonté locale ni de réglementation absente, c'est une question de sol et de dénivelé, et aucune de ces deux choses ne se corrige avec une rampe.
Je suis allé à Lisbonne en notant ce que je voyais au fur et à mesure plutôt qu'en me fiant aux pages officielles, parce que l'écart entre les deux est exactement ce qui gâche un voyage. Ce guide est le résultat de ces notes. Il ne dit pas de renoncer à Lisbonne : il dit de ne pas la visiter comme on visiterait Amsterdam ou Berlin, et d'arriver avec un plan de transport décidé d'avance plutôt qu'improvisé au pied de la première côte.
Les trottoirs de Lisbonne sont pavés de calçada portugaise, de petits cubes de calcaire posés à la main les uns contre les autres. C'est ce qui donne à la ville ses motifs en vagues sur les places, et c'est magnifique en photo. Sous des roues, c'est une autre histoire. La surface n'est jamais plane : chaque cube est légèrement plus haut ou plus bas que son voisin, les joints s'élargissent avec le temps, et il manque des pierres à plusieurs endroits. Le calcaire, poli par des décennies de passage, devient franchement glissant, et il l'est encore plus s'il a plu. Ajoutez des trottoirs souvent étroits, parfois moins larges qu'un fauteuil, bordés de voitures stationnées, et on finit régulièrement par rouler dans la rue faute de place.
Lisbonne est bâtie sur une série de collines et n'a jamais été aplanie pour le tourisme. Le dénivelé n'est pas une pente ici et là, c'est le rythme normal du déplacement : on monte, on redescend, on remonte. À la marche avec une capacité limitée, c'est épuisant en une demi-journée. En fauteuil manuel, une bonne partie des montées ne se fait pas seul, et les descentes posent le problème inverse, parce que freiner sur de la pierre polie demande de la force et beaucoup de prudence. C'est la raison principale pour laquelle je ne recommande pas de visiter Lisbonne à la marche ni en roulant si vous avez un besoin d'accessibilité.
Il y a une exception nette, et elle mérite d'être connue. La bande qui longe le Tage, autour de la Praça do Comércio et en direction du Time Out Market, est en béton lisse, plat et large, sans cubes de pierre. C'est là que la ville redevient praticable : on avance, on s'arrête, on repart, sans calculer chaque mètre. Il y a de la place pour circuler à deux de front, des terrasses, de l'ombre et des commerces où trouver des toilettes. Si vous n'aviez qu'une seule journée à Lisbonne sans transport adapté, c'est celle-là qui fonctionne.
C'est le point où l'écart entre l'information officielle et la réalité m'a le plus frappé. Le réseau affiche des stations accessibles et présente l'embarquement comme se faisant sans espace entre le quai et la rame. Sur place, à chaque station que j'ai utilisée, il y avait un espace, ou l'équivalent d'une petite marche à franchir pour entrer dans la voiture. Ce n'est pas un détail de confort : pour quelqu'un en fauteuil roulant, ça transforme un trajet autonome en trajet qui exige un accompagnateur, à l'aller comme au retour, et à chaque correspondance.
C'est la recommandation que je donne sans hésiter. Si vous voulez découvrir Lisbonne au-delà du bord de l'eau, passez par un transport adapté privé. Ce n'est pas la solution la moins chère et je comprends que ça change le budget d'un voyage, mais c'est la différence entre voir trois quartiers dans une journée et abandonner le deuxième parce que la montée était impossible. Le principe est simple : le véhicule vous dépose en haut, vous visitez en descendant, on vient vous reprendre plus bas. Dès que le dénivelé se fait en voiture, il cesse d'être le sujet de la journée.
L'essentiel de ce qui se visite à Lisbonne, ce sont des bâtiments anciens, et les bâtiments anciens ont des marches. Plusieurs attractions n'ont que des marches, sans rampe ni ascenseur, et rien ne l'indique avant d'être devant l'entrée. Un site perché sur une colline additionne les deux problèmes : la montée pour y arriver, puis les escaliers et le sol irrégulier une fois à l'intérieur. C'est le domaine où la recherche en amont rapporte le plus : une heure passée à écrire à trois ou quatre sites avant le départ évite une journée gâchée sur place.
Le choix de l'hôtel décide de la difficulté de chaque matin. Un logement plein de charme dans une ruelle d'Alfama, c'est une montée ou une descente en calçada avant même le premier café, tous les jours du séjour. Un logement dans la Baixa ou près du bord de l'eau vous met de plain-pied sur la seule zone plate de la ville et laisse le reste se faire en véhicule.
Je garderais la ville, mais je changerais complètement la méthode. Je logerais en bas, près du fleuve. Je donnerais une journée entière au bord de l'eau, en autonomie, sans véhicule. Je réserverais une demi-journée de transport adapté pour tout ce qui est en hauteur, avec un itinéraire décidé d'avance et des visites confirmées par courriel avant le départ. Et je garderais une journée tampon sans rien de planifié, parce que la fatigue accumulée sur ce type de sol arrive plus vite que prévu.
Partiellement. Le bord de l'eau, autour de la Praça do Comércio et du Time Out Market, est plat, large et en béton : il se roule sans problème. Le reste de la ville combine des pentes continues et des trottoirs en cubes de pierre irréguliers, étroits et glissants, ce qui rend le déplacement autonome très difficile. Au-delà du fleuve, un transport adapté privé est la solution réaliste.
En partie seulement. Plusieurs stations sont désignées comme accessibles et disposent d'ascenseurs, mais lors de ma visite il y avait, à chaque station utilisée, un espace ou l'équivalent d'une petite marche entre le quai et la rame. Un voyageur en fauteuil a donc besoin d'un accompagnateur. J'ai aussi vu plusieurs escaliers mécaniques hors service dans ces mêmes stations.
Je ne le recommande pas. Le dénivelé est constant et le revêtement des trottoirs, fait de cubes de calcaire polis, est glissant et fissuré. Marcher longtemps y est nettement plus fatigant et plus risqué que dans une ville plate, surtout après la pluie. Le bord de l'eau reste l'exception où la marche est confortable.
La bande riveraine et la Baixa, le centre bas reconstruit en grille après 1755. C'est la zone la plus plate, la plus large et la mieux revêtue de la ville. À l'inverse, Alfama, la Mouraria, le Bairro Alto et les abords du château sont les secteurs les plus raides et les plus étroits.
Non. Les trams historiques de Lisbonne ont des marches hautes à l'entrée et un intérieur étroit, sans espace pour un fauteuil. Certaines lignes plus récentes circulent avec des rames à plancher bas, mais il faut le vérifier ligne par ligne avant de construire une journée autour.
Si vous voulez voir la ville au-delà du bord de l'eau, oui. C'est ce qui supprime le problème du dénivelé et des trottoirs en une seule décision. Réservez à l'avance, confirmez le type de rampe ou de plateforme, les dimensions et l'arrimage du fauteuil, et envisagez une demi-journée ciblée sur les quartiers en hauteur plutôt qu'une journée complète.
Une période sèche. La calçada devient nettement plus glissante sous la pluie, pour les roues comme pour une canne, et les pentes deviennent alors le principal facteur de risque de la journée. Une saison intermédiaire sèche offre le meilleur compromis entre météo stable, chaleur supportable et foule moindre sur des trottoirs déjà étroits.
Lisbonne vaut le déplacement, à condition de décider d'avance comment on s'y déplace plutôt que de le découvrir au pied de la première côte. Si vous préparez ce voyage, indiquez vos besoins d'accessibilité dans la recherche : les options affichées en tiennent compte dès le départ, au lieu de vous laisser vérifier chaque adresse une par une.
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